Dans l’épisode précédent …
Le Sanctuaire a été attaqué par les forces de l’Ordre Noir et celles d’Arès. Le courage des Guerriers Sacrés d’Athéna n’a pas suffit à repousser cet assaut ; l’Attique et le Domaine Sacré ne sont plus que ruines et mort. A présent, le Maître des Tumultes a tout loisir de se tourner avec son allié avide de sang et de bataille vers son adversaire de toujours, l’Indicible. De leurs côtés, les Guerriers de Bronze en mission spéciale poursuivent leurs quêtes respectives. C’est ainsi que, loin de se douter de la catastrophe qui s’est abattue sur les leurs, Seth, Harald, Darkhan et Pallas sont à la poursuite de Gygès, ancien serviteur d’Athéna ayant lié parti avec les mystérieux Guerriers Noirs …
Chapitre VI – Le Prix
***
Retour aux sources
L’homme dormait mal, encore une fois. Son front dégoulinant de sueur, il semblait succomber à la folie de ses cauchemars. Son esprit était empli de doutes, parfois même de craintes. Presque instinctivement, ses pas l'amenèrent devant l'autel d'Athéna, qui jouxtait le bâtiment où il avait aménagé sa modeste chambre et aimait prendre du repos. Il s'agenouilla devant l’autel de pierre froide et se mit à prier, doucement. Sa voix devint murmure :
« Athéna, toi qui est l'incarnation même de la sagesse, pourquoi m'avoir envoyé après l’Indicible ? Pourquoi l’as-tu laissé réveiller en moi ces doutes ?
- Des doutes ?.. Créature stupide ! »
Cette voix n'était pas celle d’Athéna ; cette voix ne l'avait point torturé depuis l'Île de soufre. Il haïssait cette voix ; son cœur s’emballa :
« Silence ! Laisse-moi ! Je n'ai pas besoin de toi !
- Pas besoin ? Faible, tu seras toujours faible. N'apprendras-tu donc jamais ? Avant la fin tu chuteras ... »
Un rire sadique emplit la salle. Seth se leva et pulvérisa la pierre sacrée, enflammant son Kosmos.
« Non ... Non ... Cela ne sera pas. Je suis serviteur d'Athéna, je suis son glaive et je ne connais pas de peur ... Pas de doute ... Il en est désormais ainsi : je suis la main d'Athéna, et nul ne m'empêchera d'accomplir mon devoir. Ni mes doutes. Ni mes peurs. Ni même toi ! »
Une chaleur sereine se mit à régner dans la pièce et vint caresser son visage. Il lui sembla bien entendre quelques échos d'une voix cherchant à lui parler, mais celle-ci disparut bientôt. Alors, ses yeux se fermèrent, alors il connut la paix.
***
« Encore un cauchemar Seth ?
- Non, tout va bien. J’ai bien dormi au contraire.
- Je t’ai entendu mon ami. Si tu ne veux pas en parler, libre à toi. Mais n’oublie pas que je dors juste à côté. Harald et Darkhan ne peuvent sans doute pas t’entendre, mais moi si. Si tu as besoin de parler, je suis là, nous sommes des frères d’armes, nous devons nous entraider.
- Tout va bien je te dis, Pallas. Tu devrais t’inquiéter plutôt de ta blessure au mollet, cingla l’Egyptien en regardant le bandage de son compagnon.
- Ce n’est rien. Nefzena s’est bien occupée de moi, ses cataplasmes sont extraordinaires ».
Seth s’arrêta un instant. Oui. Il était à Hattousa, avec ses trois compagnons. Il se tint la tête entre deux mains et tenta de rassembler ses souvenirs. Tout revenait clairement dans son esprit à présent : lui et ses compagnons étaient partis depuis plusieurs semaines sur les traces de Gygès qu’on disait avoir aperçu en Anatolie sur la route du Caucase. Les quatre Guerriers de Bronze avaient rejoint Hattousa et y avaient établi leur camp de base pour leurs recherches selon les consignes de Yolos. Retrouver Youbdino avait été un véritable plaisir. Hattousa n’avait pas changée, si ce n’est que le sanctuaire demeurait le dernier havre de paix au milieu d’un tumulte de violence qui secouait chaque jour davantage l’Anatolie. Prise de convulsions, la région était devenue le terrain d’affrontement de Guerriers Noirs, de Sinanthropes, de Guerriers de Poséidon et des forces d’Enlil qui, lorsqu’elles quittaient la Mésopotamie, terrassaient toute opposition. D’ailleurs même la Tour Noire qui jadis étendait son ombre inquiétante sur Hattousa avait été en partie détruite lors d’une de ces expéditions punitives.
« La belle n’a donc pas perdu ses talents avec l’âge, dit Seth en se relevant.
- Ni sa beauté, renchérit le Grec. Darkhan a tenu un décompte et soutient que cela fait environ seize printemps que nous avons quitté Hattousa. Elle n’a pourtant pas véritablement changé.
- Nous non plus, si tu regardes bien. Certains pouvoirs semblent capables de nous préserver des assauts du temps, et Nefzena les connaît certainement mieux que nous. Où sont les autres ? s’enquit enfin Seth.
- Ils discutent avec Youbdino. J’étais avec eux et je suis venu te chercher. Il semble qu’il y ait du nouveau ».
***
« Voilà, vous en savez à présent autant que moi, conclut Youbdino en prenant congé des quatre Guerriers. Je vous laisse, Immungus a besoin de moi pour préparer la cérémonie de la fête de la Lune Rousse.
- Merci de ton aide précieuse », s’inclina Darkhan.
La porte se referma délicatement, laissant les serviteurs d’Athéna devant leurs interrogations.
« Je me demande si Immungus va toujours s’abreuver dans l’auberge des montagnes .
- Pourquoi cette question, Harald ? s’étonna Pallas.
- Et bien si c’était le cas nous pourrions le questionner plus avant. Ce lieu doit toujours être le rendez-vous de tous les malfrats de la région, il a peut-être appris plus de choses à propos de ces Guerriers Noirs.
- L’histoire de Youbdino demande à être creusée en tout cas, souffla Seth l’air pensif. Pourquoi des Guerriers Noirs se battraient entre eux ? Cela n’a pas de sens, quelque chose nous échappe.
Harald croqua à pleines dents une pomme et poursuivit son raisonnement à voix haute.
- Le Maître des Hôtes a été très clair : des Guerriers Noirs affrontent aux côtés de Sinanthropes d’autres Guerriers Noirs. Tous portent des Armures à base de totem, comme les nôtres. Il y a donc deux camps chez les Guerriers Noirs. Je pense que nous devrions creuser cette question avant de retourner au Sanctuaire.
- Deux ou plus, intervint Darkhan. Si les Guerriers Noirs n’étaient en fait que des sortes de mercenaires, se vendant au plus offrant ? Après tout, en ces temps de guerre généralisée, ces hommes sont peut-être simplement mus par le plus simple but au monde : l’appât du gain.
- Ce n’est pas idiot, commenta Seth. Dans ce cas, nous pouvons les laisser s’entre-tuer ici. Notre mission, je vous le rappelle, est de trouver Gygès. Seule la volonté d’Athéna doit nous obséder.
- Mais suivre les traces des Guerriers Noirs était une bonne idée mon ami, répliqua Pallas en se tournant vers l’Egyptien. Je te rappelle que Landros, à Tylissos, servait visiblement Gygès . La piste évoquée par Harald était donc pertinente.
Seth joua nerveusement avec son verre.
- Soit, je te l’accorde. J’insiste néanmoins sur le fait que Youbdino a bien confirmé que Gygès se trouve en ce moment dans le Caucase, non loin du village de Khonan que nous connaissons. Nous ne savons pas pourquoi, mais je n’ose pas croire que Cybèle nous induise en erreur.
- Là, dit Harald, tu marques un point.
- Quittons donc Hattousa au plus vite et suivons cette piste. En route, nous pourrons toujours glaner d’autres renseignements sur les Guerriers Noirs. Pallas, ta blessure ne te handicape plus ?
- Non, Darkhan. Ces Sinanthropes m’ont eu par surprise, ça me servira de leçon ! »
Sous le regard de Kröm
La traversée de l’Anatolie révulsa Darkhan. Tout n’était que chaos, misère et désolation. Les rares populations civiles se terraient dans des grottes, revenant à des âges que les mortels avaient oubliés. Meurtres, viols et pillages étaient leur lot quotidien, accepté comme la volonté divine de punir les Hommes pour un crime qu’ils ne connaissaient pas mais devinaient comme étant épouvantable. Les serviteurs d’Athéna avaient décidé, contre l’avis de Darkhan, de rejoindre le village de Khonan le plus vite possible, sans se soucier de ces malheureux. Le temps jouait contre eux et ils savaient que de nombreux innocents périraient encore ; tel était le prix d’une possible paix future, si du moins Athéna venait à triompher et s’ils parvenaient à refermer Astragoth et à terrasser la horde de démons qui en était sortie. Alors qu’ils approchaient de la grande plaine caucasienne, les compagnons furent attirés par des caravanes convergeant vers une destination inconnue. Pallas usa de ses talents de commerçant et parvint à faire passer les quatre guerriers pour des aventuriers en quête d’un employeur. Il apprit ainsi auprès d’un marchand qu’ils trouveraient leur bonheur à une journée de marche, dans la Cité du Chaos. Le village de Khonan n’était plus très loin et la perspective de trouver dans un seul endroit la pire vermine des régions voisines les incita à rejoindre cette cité que la rumeur disait « jaillie des entrailles de la Terre lorsque le Cri de Mort retentit ».
« Ce Cri de Mort, c’est certainement l’ouverture d’Astragoth, insista Harald en resserrant maladroitement son armure de cuir et son glaive.
- Tu n’as plus l’habitude, n’est-ce pas ? s’amusa Seth.
- Non, en effet.
- Nous n’avions pas le choix, dit Pallas. Cette cité semble être un repaire désigné pour Gygès. Nous devons passer inconnus le temps de l’y trouver, si du moins nous ne nous sommes pas égarés.
- Nous serons bientôt fixés, mes amis : voici la fameuse Cité du Chaos ! »
Suivant le regard de Darkhan, les compagnons s’arrêtèrent un court instant devant le spectacle. Derrière une colline, la brume révélait petit à petit les traits lugubres d’une cité jaillie de nulle part. Lorsque les compagnons entamèrent enfin la descente vers les bâtiments les plus proches, ils virent qu’une foule immense et hétéroclite se pressait aux portes de la Cité. Il y avait des paysans en guenilles transportant les produits de leur récolte, des chasseurs à l'aspect farouche, descendus des montagnes anatoliennes, des mercenaires de tous horizons en quête de profit, des marchands à la tête de caravanes de chariots protégées par des hommes d'armes peu amènes. On pouvait aussi voir des Sinanthropes, transportant les minerais nécessaires à la fabrication de leurs armes exubérantes. Une troupe de Barbares, qui rappelait le peuple de Séléné, avait élu domicile dans les rochers à proximité de la ville, ce qui arracha un sourire aux compagnons lorsqu’ils pensèrent au fier Guerrier de l’Ours. Une foule immense et bigarrée, formée des créatures les plus diverses, se pressait aux alentours de la ville, devant ses portes ou à l'intérieur de la cité elle-même. Des tentes et des marchés improvisés se dressaient un peu partout. L'anarchie et le Chaos régnaient en maître.
« Rien à voir avec le marché de Dali, s’étonna presque Darkhan sous le regard approbateur de Harald.
- Rien à voir non plus avec le marché d’Argos, compléta Pallas. Je n’ai jamais rien vu de tel !
- Je crois, au regard de l’architecture de ces bâtiments, que personne n’avait jamais rien vu de tel depuis des temps oubliés, mes amis. Ne traînons pas en route, allons-y ».
Seth s’avança le premier à travers cette marée humaine. Les étals de marchands, des tentes de tailles très diverses, étaient agglutinés devant des remparts sinistres de pierre noire, gênant considérablement le passage des serviteurs d’Athéna. A l’intérieur des remparts, l’agitation était pire. Les auberges étaient complètes depuis longtemps et de nombreux voyageurs avaient installé leur campement à même le sol, sur les places ou dans les ruelles étroites et sinueuses de la Cité. Les quatre compagnons s’enfoncèrent toujours plus loin au cœur des villes, là où les ruelles obscures étaient désertes et silencieuses. Ils traversèrent des ponts suspendus au dessus de précipices abrupts qui confirmaient que cette cité sortait directement des entrailles de la terre, gravirent des escaliers escarpés, et parcoururent d'étroites ruelles sinueuses qui serpentaient entre les bâtiments de pierre grise. Ce fut dans le coin enfumé d’une énième auberge que les compagnons décidèrent de passer la nuit.
« Nous aurions dû rester dans l’autre, pesta Pallas, celle-ci est la plus crasseuse que nous ayons foulée ! Je doute que nous puissions trouver une chambre correcte dans ce fatras puant !
- Au contraire, c’est l’endroit rêvé. Cet homme, là-bas, qui termine son vin sur sa table : c’est celui que nous devons interroger.
- Comment peux-tu le savoir Seth ? répliqua Darkhan en sondant l’inconnu à travers la foule.
- Je le sais. Je sens des choses. Nous devons l’interroger.
- Soit. Mais on ne peut pas s’avancer ainsi, sans crier gare, nous ne pouvons risquer de compromettre notre couverture.
- Harald a raison, dit Darkhan.
- J’ai une idée, écoutez … »
Pallas expliqua son plan qui convainquit ses compagnons. Il s’agissait toujours de faire croire que les serviteurs d’Athéna n’étaient que de simples mercenaires en quête de butin et d’aventures. Pallas avait eu l’habitude de croiser ce genre de personnages à Argos et paraissait tout à fait cohérent dans son costume de chef de bande. Seth jouerait le rôle d’un Egyptien voleur de tombes, Harald et Darkhan passeraient pour des anciens membres de bandes nordique et asiatique. Pallas repéra vite ses proies : deux Sinanthropes totalement avinés furent jetés à terre sans ménagement par Seth et Harald, Pallas s’installant de manière hautaine à leur place, sans un mot. Ses compagnons le suivirent et ils commencèrent à parler assez fort pour que l’inconnu, qui se trouvait à une table voisine, puisse entendre leurs conversations. Pallas avait vu juste : le guerrier, au visage carré et balafré ne tarda pas à s’intéresser à ses voisins. Son oreille attentive suivait les échanges acides entre les trois hommes, Darkhan restant volontairement en retrait. Enfin, l’inconnu se leva et s’assit à la table des compagnons.
« Toi, dégage, siffla Seth. Tu empestes.
- Doucement l’ami. J’ai suivi votre conversation et je comprends votre trouble : se faire voler son butin par des Cimmériens c’est toujours …
- Tue-le, Seth », dit simplement Pallas en se servant du vin.
Cinq guerriers bondirent et dégainèrent leurs glaives. En quelques mouvements, Darkhan les mit à terre sans ménagement, tandis que Seth assura une dague sous la gorge du guerrier.
« Doucement les gars, j’ai du boulot pour vous. De quoi vous refaire la cerise !
- Parle, rétorqua Pallas sans montrer la moindre émotion.
- Je suis le chef d’une bande de voleurs célèbres. J’étais le second de Gygès, vous devez le connaître, surtout toi, le Grec.
- Qui t’a dit que j’étais Grec ?
- Et bien à vos accents et accoutrements, pas difficile de vous cerner : un Grec, un Egyptien, un Homme du Nord et un Asiatique. Etrange que vous parliez tous grec mais bon, chacun fait ce qu’il veut. Vous avez dû vivre longtemps là-bas …
- Tu poses trop de questions. Je connais Gygès, c’est un dur à cuir. Où est-il ? Pourquoi parles-tu de lui au passé ? »
L’inconnu fit signe à Pallas que la dague de Seth était un peu trop proche de sa gorge. D’un geste de la tête le Grec ordonna à Seth de se rasseoir, ce que ce dernier fit sans discuter. Autour, les beuveries et rixes se poursuivaient sans que personne ne prêtât attention à cette scène. Une main gisait aux pieds de Darkhan qui dut se retenir de ne pas montrer son trouble tandis que son propriétaire hurlait sa douleur à deux tables de là. Un glaive effilé vint lui soustraire son dernier cri dans l’indifférence générale.
« Tu es un chef, j’aime ça. Tes hommes sont fidèles, disciplinés et doués, c’est tout ce dont j’ai besoin.
- Tu n’es qu’en sursis, cingla Pallas. Dis m’en plus et je t’épargnerai peut-être.
- Je me nomme Gorgo. Je faisais partie des hommes de Gygès jusqu’à ce qu’il soit enlevé par les Femmes Guerrières qui servent Artémis. Une bande de ces furies nous a attaqués, pillant notre butin et enlevant notre chef. Elles n’étaient pas très nombreuses mais elles étaient bien plus fortes que nous.
- Ce sont des Guerrières comme ceux qui servent Athéna ? s’aventura Pallas.
- Comme ceux qui servaient la Pucelle, oui.
Seth se mordit les joues jusqu’au sang pour ne pas bondir sur Gorgo. Il se ressaisit et questionna le mercenaire d’un ton glacial.
- Explique-toi.
- D’où venez-vous ? Vous ne connaissez pas les nouvelles de Grèce ?
- Suis un peu, Gorgo. Nous étions en Cimmérie.
- Oui, c’est vrai, fit Gorgo en se tournant vers Pallas. Bon voilà : il y a quelques semaines, je ne sais pas exactement quand, la rumeur n’est pas très précise, le Sanctuaire a été attaqué par l’Ordre Noir du Seigneur des Tumultes et de son allié Arès. Il ne reste plus rien. Il semble qu’il n’y ait que quelques survivants. C’en est fini de cette maudite déesse qui, avec ses serviteurs, cassait nos affaires. Les Guerriers Sacrés ne seront plus un danger pour nous et c’est là que j’entre en action : je vous propose de me suivre, en Grèce. Nous allons pouvoir profiter du chaos pour piller, violer et nous enrichir. Nous allons même pouvoir nous faire remarquer d’Arès : le Fou de Guerre engage des mercenaires par centaines pour aller combattre en Occident et en Germanie. Il paie bien et surtout laisse carte blanche à ses guerriers. Je pars demain. Rejoignez-moi ! Gloire et fortune mes amis !
- Nous travaillons seuls, répondit Pallas en gardant son calme apparent. Merci de ton offre.
- Comme vous voudrez, dit Gorgo en se levant et en reculant vers ses gardes du corps qui attendaient quelques pas en arrière. Si vous changez d’avis, vous me trouverez en Arcadie, à Orchomène. Nous allons nous refaire là-bas : c’est une bonne cité marchande, abandonnée par le Sanctuaire. Du bon temps facile avant de partir en guerre contre le monde entier ! C’est une époque nouvelle de chaos qui s’ouvre, bénis soient les dieux !
- Dans ce cas nous nous retrouverons certainement, répondit froidement Pallas. Nous profiterons également de cette époque nouvelle ».
***
Les compagnons avaient une piste plus que sérieuse et marchaient à présent d’un pas soutenu vers le village de Khonan. Les diverses informations qu’ils avaient pu regrouper confirmaient que les servantes d’Artémis régnaient sans partage dans les forêts au nord du domaine de Kröm. Khonan, s’il était toujours en vie, pourrait certainement les guider ; en attendant, la brume caucasienne ajoutait encore au malaise des quatre Guerriers Sacrés.
« Vous y croyiez ?
- Ce n’est pas le sujet Darkhan, coupa Seth. Gygès doit être notre obsession.
- Ce n’est de toute façon qu’une rumeur, Gorgo l’a bien dit ».
Les mots de Harald avaient été prononcés sans conviction. Telles des ombres se faufilant à travers le paysage sinistre du Caucase, ils suivaient les sentiers caillouteux oubliés de la plupart des Hommes. Le village de Khonan apparut au détour d’un bosquet sinistre, ses palissades de bois se découpant dans le halo rougi de la Forêt des Morts, là même où l’Indicible avait marqué son retour des années auparavant. Ce fut Khonan en personne qui accueillit les quatre Guerriers, reconnaissant Seth, Pallas et Harald au premier regard. L’accueil fut chaleureux et l’héritier du Peuple de Kröm s’enquit avec attention des nouvelles autour d’une veillée préparée en l’honneur de ses hôtes.
« Hélas, dit-il gravement, je n’ai pas de meilleures nouvelles à vous annoncer. La Forteresse des Héritiers de Tenhoulen s’est réveillée au moment où la Terre délivra les anciens dieux de leur tombeau de glace. Nos prêtres ont questionné Kröm et les oracles sont formels : les héritiers de Tenhoulen sont là pour affronter les dieux dans la dernière grande bataille qui verra la fin des temps.
- Ce n’est peut-être qu’une rumeur, dit Harald.
- Qui est ce Tenhoulen ?
Le ton froid de Seth ne troubla pas le vieux guerrier.
- Vos sages le connaissent certainement. Il serait bien long de narrer ses exploits, conservés par nos chants, mais sachez qu’il a combattu et survécu à Mardouk et Enlil, les puissants dieux de Mésopotamie. C’est un ancien serviteur du peuple des Ur-Turuks !
- Le peuple de l’Indicible, souffla l’Egyptien. Je savais que j’avais entendu ce nom quelque part, sans doute une des histoires d’Asturias.
Khonan claqua dans ses mains et deux servantes apportèrent aux convives de nouvelles liqueurs. Il poursuivit.
- En tout cas, la disparition de votre Sanctuaire montre que le temps de la Grande Bataille approche. Nos chants en parlent depuis la nuit des temps. Les dieux vont disparaître. Je suis désolé que votre déesse ait été une des premières touchées.
- Athéna vit toujours. Nous ne savons pas grand-chose en dehors de rumeurs qui exagèrent toujours les choses, déforment et arrangent la vérité.
- Je l’espère pour vous, Pallas.
- Chef Khonan, fit Darkhan en inclinant respectueusement la tête, peux-tu nous aider à propos des Femmes Guerrières ?
- Hélas non. Tout ce que je pourrais vous apprendre vous mènera à la mort, et je m’y refuse. Vous pourriez rester ici, avec moi. Notre village se défend bien mais je manque de guerriers et j’ai peur de devoir rejoindre les montagnes, dans notre repaire ancestral. J’aimerais ne pas quitter ce lieu qui vit la mort de Kröm, vous seriez d’une aide précieuse !
- Nous sommes liés à Athéna, Khonan. Dis-nous ce que tu sais ; si tu es notre ami c’est la meilleure chose que tu puisses faire.
- Très bien, Seth. Les Femmes Guerrières vivent dans les forêts, au-delà de la Colline de la Fertilité. Un de mes éclaireurs vous conduira.
- Merci Khonan, nous partirons dès demain si ton éclaireur est prêt.
- Il y a un prix.
- Nous n’avons pas d’or, coupa Seth.
- Je ne demande pas de trésor. Vous devez faire quelque chose pour moi. Alors je vous permettrai de rejoindre les forêts que vous convoitez.
- Tant que tu ne nous demandes pas d’assassiner quelqu’un, nous pouvons te rendre service, Khonan, nous te devons bien ça de toute façon depuis que tu nous as sauvés, jadis, de la Forêt des Morts.
Seth donna un petit coup de coude à son compagnon et lui souffla : « Tu aurais dû attendre qu’il dise ce qu’il attend de nous, nous allons devoir accepter son prix à présent ».
Khonan se leva et, d’un geste de la main, fit entrer quatre jeunes femmes qui attendaient au-dehors.
« Vous les aimerez et me donnerez chacun un fils. Nos Dames de Vie les ont préparées. Les astres nous ont dit que vous alliez venir. Vous resterez cinq jours et cinq nuits. Quand votre semence aura pris, vous rejoindrez votre destin ».
Les serviteurs d’Athéna se regardèrent, déconfis. Rien ne les avait préparés à affronter une telle épreuve !
Les Filles de la Lune
« Cette épreuve fut la plus agréable de toutes celles que nous avons subies. Merci pour tout et j’espère que nos fils seront beaux et forts ! » Le visage enjoué, Pallas serra l’éclaireur dans ses bras et rejoignit ses trois compères qui s’étaient déjà engagés dans la forêt. Ces cinq jours avaient finalement beaucoup apporté à chacun, même si les Guerriers n’avaient pas vraiment discuté de leurs expériences, en-dehors de Harald et de Darkhan qui ne se cachaient plus rien depuis le périple qui les avait vu traverser les Terre de Paisaca pour rejoindre leurs lieux de quête. Lorsque les Dames de Vie avaient certifié que les quatre jeunes femmes étaient enceintes de garçons après un rituel étrange qui dura une demi-journée, Seth avait paru le plus troublé. Il n’eut cependant pas le temps de se perdre dans le tourment d’émotions qui le subjuguait car Khonan précipita leur départ avant les orages diluviens qui menaçaient la région. Dans la forêt, il régnait une chaleur infernale. Si les pluies les avaient épargnés, les Guerriers Sacrés regrettaient à présent que quelques gouttes ne leur apportassent un peu de fraîcheur. Le premier, moins habitué aux fortes températures, Harald retira son manteau et le rangea dans son sac ; étrangement cette nuit sans lune dégageait une chaleur moite qui collait à la peau. La lumière ne parvenait presque pas à percer la frondaison des arbres et l’obscurité gênait la progression des compagnons. Seul Darkhan semblait à l’aise, ouvrant la marche en slalomant entre les arbres difformes, ses yeux perçant la pénombre sans la moindre gêne apparente. Bientôt, lorsque la lumière de l’aube s’infiltra entre les branches, Pallas distingua le premier d’énormes arbres aux troncs couverts de mousse, des flaques d’eau boueuse d’où montaient des volutes de vapeur et des yeux qui les épiaient, cillant les ombres. Des cris angoissants déchiraient à présent la brume et, sur leurs gardes, les compagnons s’attendaient à être attaqués d’un moment à l’autre.
« Ce sont des animaux qui nous observent.
- Tu en es certain, Darkhan ? »
Le visage de l’Asiatique se fendit d’un petit rictus lorsqu’il se tourna vers Harald.
« Ces animaux nous craignent autant que nous. S’ils avaient été hostiles, ils nous auraient attaqués depuis longtemps. J’ai vécu assez de temps dans la nature auprès de mon Maître pour percevoir ces choses.
- Peut-être attendent-ils que de plus gros prédateurs nous tombent dessus pour se repaître tranquillement de nos carcasses. Je ressens une hostilité dans toute cette forêt, ce n’est pas le moment de baisser la garde.
- Pallas parle sagement, dit Seth en s’essuyant le front. Ces Femmes Guerrières ne doivent pas être très éloignées ; elles dégagent une certaine forme de pouvoir proche du Kosmos.
- A moins que ce soient des Guerriers Noirs … »
L’intervention d’Harald eut l’effet d’une bise glaciale. Les quatre hommes reprirent leur course, Darkhan ouvrant la marche tandis que Seth se tournait sans cesse pour vérifier que le quatuor n’était pas suivi. Après de longues minutes, Darkhan discerna dans la boue des traces de pas. Tandis qu’il appelait ses amis, les broussailles alentours se mirent à frémir. Des êtres filiformes exécutèrent une chorégraphie improbable au-dessus des serviteurs d’Athéna en poussant des cris stridents et lugubres, passant de cimes en cimes. Un frisson courut le long de l’échine de Darkhan.
« Tu as vu ce que c’était ? fit Harald en se rapprochant de son ami.
- Non. J’ai distingué six formes.
- Des Guerrières, sans aucun doute, assura Pallas. J’aurais dû y songer plus tôt ! On les appelle aussi Amazones et les légendes disent qu’elles vivent dans les arbres. Ce sont les Filles de la Lune, les Guerrières d’Artémis, sœur d’Athéna.
- Comment peux-tu en être si certain, sans même les avoir vues ?
- Parce que, Harald, celle qui dévisage en ce moment Seth est l’une d’elle, sans aucun doute possible ».
Alors que les trois hommes discutaient, Seth était en effet face à face avec une femme comme il n’en n’avait jamais vue. Ses longs cheveux noirs dessinaient les contours de son corps au rythme des murmures du vent. L’Amazone était plus grande que les Guerriers d’Athéna ; elle portait une armure gracieuse de cuir et de métal, épousant sa silhouette gracieuse à l’exception de son sein droit qui restait à l’air libre. Le cuir, lisse et brillant, laissait entrevoir des motifs évoquant des lunes entremêlées de lianes proches du laurier. Son regard noir envoûtait les Guerriers qui ne parvenaient pas à détacher leurs regards de ce visage angélique. Elle ne bougeait pas. Un arc à la main, elle dévisageait ses proies. Oui, ils n’étaient que des proies. A l’évidence, c’était elle qui avait décidé quand et où ils pourraient la voir. Son arc n’avait rien de commun et de toute évidence pouvait se révéler être une arme redoutable, même pour des Guerriers Sacrés. Un mouvement de sourcil subtil avertit Seth de l’imminence de l’attaque. Trop tard. Les totems des Armures Sacrées rejoignirent le sol sans qu’aucun ne parvint à esquisser le moindre signe. L’Amazone sourit et disparut en un battement de cil.
« Elle connaît nos Armures. Quelqu’un a vu son attaque ?
- Une flèche, un trait de lumière, Seth.
Darkhan se baissa et ramassa son armure tout en concentrant son Kosmos en ses mains.
- Je crois que nous allons devoir nous battre », lâcha-t-il enfin.
La chouette qui traversait la forêt, évitant gracieusement les branches difformes, fut bientôt éblouie par les éclats de couleur émeraude, ardente et bleutée qui explosèrent à quelque distance de là. L’animal ne savait qu’une chose en rejoignant sa nichée : une chasse surnaturelle s’engageait, là-bas, quelque part. Le soleil poursuivait sa course dans le ciel mais la forêt semblait devenir de plus en plus sombre. Les colonnes de brume qui se dressaient sur le chemin des quatre Guerriers Sacrés déposaient de fines gouttelettes sur les Armures du Phénix, de la Croix du Sud, du Bouclier et du Dragon ; gouttelettes qui se déformaient en petits filaments de lumière sous l’effet de la vitesse et des auras nimbant les Guerriers.
Lorsque les flèches filèrent à travers les troncs vers leurs victimes rien ne sembla en mesure de stopper leurs courses mortelles. D’ailleurs, l’Amazone qui les avait décochées esquissa un large sourire lorsqu’elle entendit Harald hurler son arcane : « ECLAT DU BOUCLIER DE BRONZE ». Des vagues ambre se diffusèrent à toute vitesse autour de son Bouclier et vaporisèrent simplement arbres, roches et traits de lumière qui se trouvaient sur sa route. Harald profita de la surprise générée pour abrutir son adversaire de coups, laquelle, avec grâce mais sans cacher une certaine panique tentait d’utiliser les arbres encore debout pour éviter ces assauts mortels. A quelques mètres, Darkhan et Seth étaient aux prises avec trois adversaires qu’ils affrontaient simultanément, sans sembler cependant éprouver trop de difficultés à contrer les coups de ces dernières. Pour Pallas, l’affaire semblait en revanche mal engagée. L’Amazone qui lui faisait face effectua une série de mouvements qui servirent à canaliser une vague d’énergie écarlate entre ses doigts ; dix traits incandescents fusèrent des doigts et, dans un sifflement, déchirèrent l’air en direction de Pallas. Le Guerrier de la Croix du Sud croisa ses deux bras pour encaisser l’attaque. Le choc, terrible, le fit disparaître dans une explosion coruscante que l’Amazone se mit à transpercer de centaines de flèches de lumière au moyen de son arc argenté. Pallas serra les dents. Ses bras semblaient avoir encaissé le coup sans trop de dommage ; mieux, les multiples flèches passaient à côté de lui comme si ce mouvement générait un bouclier protecteur. « La défense d’Athéna », se souvint-il et repensant à l’histoire que lui avait narrée Xizex, son Maître. L’Amazone cessa enfin. Un coup d’œil rapide à sa droite lui suffit à comprendre que ses compagnes étaient en mauvaise posture : Seth et Darkhan étaient sur le point d’en finir avec trois Amazones tandis qu’Harald venait de terrasser deux de ses amies. La jeune femme sentit soudain un souffle glacial dans son dos. De fines particules brillantes comme des cristaux de glace se formèrent autour d’elle. Lorsqu’elle vit les éclairs jaillir du sol et se mettre à tourbillonner autour d’elle, l’Amazone comprit qu’il était trop tard. « ECLAIR DE GLACE », hurla Pallas. Le corps déformé par la pression et la vitesse alla s’écraser contre la canopée, devenue pour l’heure un plafond infranchissable qui renvoya la guerrière s’écraser aux pieds du Grec.
« Et voilà, elles vivent toutes. Résistantes ces femmes, fit Seth admiratif. Nous ne les avons pas ménagées, leurs armures ne valent pas les nôtres et, pourtant, elles vivent.
- Celle-là se réveille ».
Agenouillé auprès de celle qui avait affronté Pallas, Darkhan attira l’attention de ses compagnons. Seth s’avança et arbora un air terrible. Un à un, il dévisagea ses compagnons et martela chacun de ses mots avec une détermination inquiétante.
« Quoiqu’il se passe, vous ne bougez pas. Le premier qui intervient, je le considère comme un adversaire et je décharge ma fureur à son encontre. Je suis le bras armé d’Athéna, personne ne doit intervenir ».
Sans savoir pourquoi, ses amis firent un pas en arrière en éloignant les autres guerrières. Seth se pencha vers la dernière qui reprenait peu à peu ses esprits.
« Tu vas mieux ?
- Oui, sale porc. Tu aurais dû me tuer quand tu en avais le temps.
- Garde des forces et relève-toi, je dois te parler. Où est Gygès ?
- Guerrier d’Athéna, siffla la femme en se relevant et en se mettant en garde, sache que même sans mon arc je puis te terrasser, toi et tes compagnons. J’ai pu observer vos techniques. Je répondrai à ta question juste avant de t’égorger.
- Femme, je te traiterai comme un homme. Réponds et je t’épargnerai des souffrances inutiles ».
Seth tourna le dos à son adversaire et ferma les yeux, sans laisser transparaître la moindre émotion. Si Harald et Pallas observaient la scène avec attention, prêts à bondir, Darkhan semblait plus inquiet : jamais il n’avait vu Seth dégager une telle sérénité malsaine.
L’Amazone déclencha son arcane et fit apparaître une lance qui se dirigea vers le dos de Seth. Alors l’Egyptien se tourna. Alors elle ne vit que ce trait de lumière. Alors elle comprit ce que le terme douleur signifiait. La lance n’atteignit jamais sa cible. Elle tomba à genoux, se prenant la tête entre les mains, tandis que la souffrance se frayait un passage jusqu’aux moindres recoins de son être. Seth approcha, le visage impassible. Seuls ses yeux avaient viré à l’écarlate. Le corps en feu, les poumons ardents, l’Amazone tenta d’expulser un cri de douleur qui ne vint pas. Seuls ses yeux à demi-révulsés et ses traits difformes témoignèrent de son martyr. La femme se jeta en avant et se mit à se tordre dans tous les sens.
« Seth ! Qu’est-ce que tu lui as fait ! Arrête, elle ne pourra jamais parler dans cet état ! Arrête ça toute de suite !
- Je t’avais prévenu, Darkhan ».
Le Guerrier du Dragon s’écrasa contre un tronc sans que Seth n’esquisse le moindre mouvement.
« Seth, t’es complètement dingue ! » s’empourpra Harald prêt à bondir sur son compagnon qui s’agenouillait à présent auprès de sa victime. D’un air détaché, le Phénix stoppa le Guerrier du Bouclier.
« Au sol j’ai tracé une ligne ; passer cette dernière équivaut à pénétrer en enfer. Restez où vous êtes et regardez. Elle va parler. »
Seth saisit les cheveux noirs de l’Amazone et releva le visage de la malheureuse.
« Bien entendu que tu vas parler. Je t’avais prévenue. Je suis le doigt de la justice d’Athéna. Je me fous que tu sois une femme. Tu vas me dire où est Gygès. Tu vas me dire tout ce que tu sais, tout ce qu’il nous a dérobé.
Il était inutile de lutter, la jeune femme n’en pouvait plus. Rassemblant ses forces, elle tenta de souffler quelques mots.
- Gygès se …
- Tsst tsst, pas encore ma douce, fit Seth et posant un doigt sur la bouche de sa victime. Tu vas d’abord payer pour avoir refusé ma première proposition. Je vais te montrer ce qui t’attend si tu décide de te moquer de moi. Je sais reconnaître la vérité ».
Seth tordit le cou de l’Amazone en empoignant sans ménagement son menton et lui baisa le front. Il la retourna sur le dos et fit naître une lueur incandescente au bout de son doigt. Un éclair transperça le front de la jeune femme sous son regard terrifié. La douleur se diffusa dans tout son cerveau. Folle de douleur, elle hurla à en perdre la voix, déchirant les tympans des autres compagnons et des Amazones qui reprenaient tour à tour leurs esprits. D’un geste assuré, Seth dirigea son doigt vers une côte qui se brisa lentement. Un nouveau cri, plus faible. L’Amazone n’avait presque plus de voix. Trempée de sueur, le sang dégoulinant de ses narines et de sa bouche, elle sentit l’Egyptien l’asseoir et poser sa tête sur ses genoux.
« Je t’écoute », dit-il en lui caressant le visage.
Gygès avait fini sa vie entre les mains des Amazones. Utilisé comme mâle reproducteur, il n’avait pas survécu à ses blessures. Il portait un anneau qui le rendait invisible lorsqu’il le mettait à son doigt et possédait bien un recueil du Sanctuaire traitant des défenses de ce dernier et des Armures Sacrées. Gygès avait expliqué avoir vendu ces informations capitales à un représentant de l’Ordre Noir. Cette information concordait avec les rumeurs qui disaient que le Sanctuaire avait été mis à feu et à sang : Gygès avait certainement rendu ceci possible. Seth n’avait aucun doute sur la véracité des informations recueillies auprès de l’Amazone qu’il avait torturée. Comme ses compagnes, cette dernière avait demandé à mourir : ayant perdu leur honneur face à des hommes, Artémis ne les laisserait certainement pas vivre et leur imposerait un châtiment exemplaire et humiliant. Lorsque Darkhan, ivre de colère envers Seth, décida de les reconduire au Sanctuaire, ou dans ce qu’il en restait, Seth se montra étrangement conciliant. Le chemin de retour serait encore long. L’Egyptien devrait répondre de ses actes devant Yolos et les autorités, Darkhan ne pouvait concevoir qu’il en soit autrement ; mais, au désespoir de l’Asiatique, il avait permis de clôturer cette mission sur un succès. Servir Athéna en ces temps de chaos permettait-il de justifier le pire ?